La « Cuvée Messieurs – 2017 » du Parlement Congolais

Au mois de juillet dernier, les électeurs congolais se sont rendus aux urnes pour renouveler la composition des deux chambres du Parlement. L’élection de ces députés et de ces sénateurs est un marqueur fondamental de la vitalité de notre jeune démocratie. Par-delà cet aspect démocratique et à la faveur de la session parlementaire qui s’est tenue il y a quelques mois, un constat empirique retient mon attention : le déséquilibre accablant en matière de parité entre les hommes et les femmes. En effet, lorsqu’on analyse la constitution des deux chambres du Parlement et que l’on s’attarde sur la problématique du genre, on constate que sur les 223 élus que compte la représentation nationale au Congo, seulement 31 sont des femmes, soit un peu moins de 14%, avec précisément : 14 sénatrices sur 72 membres au Sénat et 17 députées sur les 151 que compte l’Assemblée Nationale.

 

Un nombre croissant de femmes mais un volume résiduel

La comparaison entre l’actuelle législature et celles qui l’ont précédée nous donne des motifs d’espérance du fait de l’augmentation notable du nombre de femmes parlementaires. En effet, avec 17 femmes, soit 11% des députés, l’Assemblée nationale congolaise de 2017 est la plus féminisée de l’histoire parlementaire de notre pays. Au demeurant, la précédente législature, qui comptait 13 femmes, soit 9% d’élus, détenait déjà le record de représentativité féminine depuis 1992. Avec ses 14 femmes élues soit 19%, le Sénat de 2017 est celui au sein duquel les femmes sont les plus nombreuses au regard des législatures antérieures, notamment celle de 2012 à 2017. Dans cette dernière, siégeaient en effet 8 femmes, soit 12% des effectifs et 64 hommes, un record à l’époque !!!

Si l’on peut se réjouir de la progression du nombre de femmes au Parlement, il se trouve  qu’en dépit du progrès avéré de leur nombre, elles y occupent une place résiduelle. Assurément, la présence de 31 femmes au Parlement sur un total de 223 parlementaires, dans notre pays où les femmes constituent environ 51% de la population, induit deux réflexions immédiates ; presque des évidences ! La première serait de dire que s’il y a si peu de femmes élues c’est parce qu’il y a eu très peu d’aspirantes à cette fonction.  La seconde observation serait d’admettre que s’il y a si peu de candidates, c’est probablement – voire certainement – parce que toutes les formations politiques ne respectent pas la loi, notamment l’article 61 nouveau de la loi électorale qui dispose que « La présentation des candidatures des partis ou groupements politiques aux élections législatives et sénatoriales doit tenir compte de la représentativité des femmes à raison d’au moins 30% de candidatures. »

Effectivement, en dépit des campagnes d’affichage et des revendications planifiées par les organisations de lutte pour les droits des femmes, en amont de la convocation du corps électoral, rien n’y a fait. Les pratiques habituelles tendant à investir en majorité les hommes ont prévalu avec, comme prétexte fallacieux, le manque crucial de candidatures féminines. La conséquence d’une architecture parlementaire majoritairement masculine est évidente : les lois votées seront portées par les hommes avec le risque d’un statu quo en matière des droits des femmes.

 

Femmes, parlementaires et voix des sans voix !

Face à une telle situation, les 17 députées et les 14 sénatrices ont une mission qui transcende les clivages politiques, les promesses électorales, les ambitions personnelles et les prévenances parentèles : celle de défendre au sein de l’hémicycle les droits des 51% de la population que représentent les femmes congolaises. Elles ont pour impératif d’être la voix  des sans voix, « la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche » et « la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir », comme dirait Aimé Césaire.

Qui mieux qu’une femme parlementaire peut porter des propositions de réforme de notre code de la famille, et de tous les autres textes en vigueur qui entravent l’émancipation et le plein épanouissement de la femme congolaise ? Si les femmes « choisies » ne défendent pas les droits des femmes, qui le fera à leur place ?

Au-delà des exigences constitutionnelles de leurs mandats de parlementaires, elles ont la mission transcendantale de représenter et de défendre toutes les femmes du Congo, de la Likouala au Kouilou, et de la Cuvette aux Plateaux. Elles sont investies du devoir d’agir pour réparer les frustrations passées de leurs mères, de réduire l’exclusion quotidienne de leurs sœurs et de préparer l’avenir radieux de leurs filles pour que la femme congolaise d’aujourd’hui préfigure celle de demain, la femme Sounga !

 

Défendre une noble cause au service du développement n’est jamais transgressif

Le Congo fait face à de nombreux défis économiques et sociaux et il est impérieux d’impliquer toutes  les forces vives de la nation, d’associer tous les talents disponibles, féminins et masculins,  afin d’être à la hauteur des enjeux  de développement de notre pays. Pour que les femmes y participent pleinement et efficacement, il est nécessaire de réduire les obstacles à leur réelle inclusion et à leur luminescence par des lois plus contraignantes, obligeant au respect  de l’égalité et de la parité, et poussant inéluctablement à la transformation sociale.

Mesdames les élues, votre mandat est une précieuse parure pour changer la face du monde à partir du Congo. Malgré votre nombre si réduit au Parlement (environ 14%), vous devez modifier les positions conservatrices profondément enracinées dans la nation. Vous devez, à l’intérieur des hémicycles, engager ou poursuivre le combat pour une prise en compte durable de l’égalité des genres dans la vie publique.

Loin du conformisme, de l’opportunisme et de l’immobilisme, vous devez vous battre pour que soient intégrés dans les textes législatifs nationaux des principes d’égalité énoncés dans les instruments juridiques internationaux. Votre présence au Parlement doit relayer et poursuivre les batailles entamées à l’extérieur, car la lutte pour la place des femmes est loin d’être gagnée. Votre vote, votre voix, les lois que vous porterez entreront dans la postérité car elles détermineront notre sort. Soyez-en conscientes !

Si vous faites votre devoir, des générations de Congolaises et de Congolais s’en souviendront car, grâce à vous, des énergies féminines inexploitées jusqu’ici pourront fortement contribuer à l’effort national de développement qui oblige chacun de nous.

Au regard des enjeux de justice sociale, de l’urgence et de l’importance du sujet, si la quintessence de votre activité parlementaire, durant la présente législature, était circonscrite à la seule question de la place de la femme dans la société congolaise, vous n’aurez pas à vous en excuser. Bien au contraire, le peuple congolais vous serait reconnaissant d’avoir écrit et imprimé une des plus belles pages de son histoire.

Chères parlementaires, l’influence politique, l’émancipation économique et le bien-être social de la femme congolaise dépendront de votre impétuosité au service de la nation. Sachez que votre noble intransigeance pour promouvoir et défendre la parité et l’égalité ne sera jamais transgressive et, à l’instar d’autres organisations féminines, la Fondation Sounga souscrira et s’associera à vos initiatives pour que notre pays devienne un modèle de transformation sociale en Afrique et dans le monde.

Danièle Sassou Nguesso, MPA
Présidente de la Fondation Sounga
www.fondationsounga.org