« Écris-moi un rêve ! »

J’ai fait un rêve…

Je me souviens d’un doux rêve, dans lequel la femme n’est ni travestie, ni déformée, ni asservie… une réalité de liberté et d’égalité sans laquelle je me sens dépeuplée.

Celui d’une journée du 8 Mars 2018 où nos médias locaux sauraient relayer les résultats accomplis en matière d’égalité des sexes, sur une année, par notre pays le Congo.

Je songe éperdument à ce rêve… à cet espoir, où la journée du 8 mars n’était qu’un rappel des avancées incontestables en matière d’égalité des sexes au Congo, marquant de leurs sceaux les bases d’un avenir que nous avons déjà abordé. Celui qui nous laisse entrevoir la lumière… une lumière indescriptible qui illumine les frontières de nos espérances, celle qui, tel un phare, nous conduit vers notre destination, celle du développement et de la prospérité.

Dans mon rêve, les textes de loi régissant les rapports homme-femme en République du Congo, avaient depuis longtemps quitté les débats parlementaires et les discours publics pour assurer la participation visible et palpable des femmes à l’animation de la vie de notre Nation.

Dans mon rêve, les lois encadrant le statut de la veuve et de l’orphelin étaient assorties d’un corpus coercitif permettant véritablement leurs mises en application sur le territoire national.

Dans mon rêve, les lois étaient dictées par la volonté d’accompagner les femmes dans leur épanouissement, où les seules règles déterminaient la liberté de leurs choix et de leurs décisions… leur permettant de se déployer et de prendre leur indépendance face au fardeau de l’injustice, qu’elles ont trop longtemps porté.

Dans mon rêve, l’égalité juridique de l’homme et de la femme était une réalité flagrante en République du Congo, une impression que l’histoire s’était exaucée pour des femmes qui avaient beaucoup espéré, beaucoup lutté et qui n’osaient plus y croire, mais qui ont trouvé leur affranchissement dans un idéal qui n’est ni un conte de fées, ni une légende… mais une réalité !

Dans mon rêve, les jeunes filles, les femmes entrepreneures et diplômées, les veuves, les femmes au foyer… les femmes congolaises dans leur ensemble, celles qu’on pouvait rencontrer à chaque coin de rue, au marché ou dans des entreprises, étaient fières de se savoir protégées, confiantes de ce que les discriminations diverses fondées sur le sexe et les violences faites aux femmes appartenaient définitivement à une époque révolue.

Un Congo où les femmes n’avaient aucune crainte d’afficher leur dignité, conscientes qu’elles sont les co-créatrices de notre réalité, qu’ensemble elles sont parvenues à changer les stigmates qu’on leur a attribués, actrices d’un changement qu’elles ont ardemment désiré. Je revois ces femmes fières de leur allure, insouciantes de marcher vers le crépuscule, laissant dans leurs pas les fruits de leurs contributions, celles d’une nouvelle ère pour notre nation où chaque nouvelle aube permettra à leurs filles, à leurs sœurs, leurs mères, leurs amies, de rayonner davantage.

Dans mon rêve, l’économie congolaise s’était transcendée et diversifiée pour ne plus subir les conséquences d’une conjoncture économique, grâce à une autonomisation et une reconnaissance accrue de ces nombreuses femmes qui dominent le secteur informel et animent les piliers de notre économie, à l’instar des secteurs de la pêche, de l’agriculture et de l’élevage, donnant tout sens à la diversification à laquelle nous nous évertuons tant !

 

Mais je me suis réveillée !

Je me suis réveillée en ce 8 mars 2018, avec ce manque incommensurable, me remémorant cette harmonie que j’essaie d’immortaliser, mais qui s’évanouie en constatant que nos initiatives nationales, ponctuées de chants, de folklore et de parades, seront encore une fois à l’honneur. Mais qu’en est-il vraiment ? Là, tout prêt, juste à côté, ces textes de loi sur la parité et sur la réforme du code de la famille croupissent encore dans les méandres de nos institutions.

Que restera-t-il des rites du 8 mars et de ses lumières, après s’être voué au délicieux formalisme protocolaire des manifestations publiques de cette journée internationale de la femme ? La vie reprendra son court… avec son lot de non-droit, de violences non reconnues et de discriminations à l’encontre des femmes.

Le 9 Mars 2018 laissera alors place, comme les précédentes années, à ce lourd silence, à cette culpabilité approuvée, qui nous a conduit à célébrer en réalité seulement les bonnes intentions des inégalités Homme-Femme, et non les actes, garantissant la construction d’une société congolaise résolument inclusive.

Permettez-moi donc de replonger dans ce doux rêve enivrant, qui je l’espère, m’amènera à me réveiller un 8 Mars 2019, un 8 mars pragmatique et visionnaire, pour le bien-être de nos filles, de nos sœurs et de nos mères.

 

Danièle Sassou Nguesso, MPA
Présidente de la Fondation Sounga
www.fondationsounga.org